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La place de l'interculturel dans les lieux de pratiques du social: Dans quelle mesure et de quelle façon les professionnels-le-s du social intègrent-ils/elles la "dimension interculturelle" dans leur pratique au quotidien? (7072)

Etat
Terminée
Début / Fin
01.03.2007 - 30.04.2008
Domaine(s) d'expertise
Méthodes et techniques d'intervention en travail social
Migrations, citoyenneté, interculturalité
Sociologie, anthropologie
Théories et modèles en travail social
Sources de financement
Haute Ecole Spécialisée de Suisse occidentale (HES-SO), Réseau Centre d'études de la diversité culturelle et de la citoyenneté dans les domaines de la santé et du social (CEDIC)
Responsable(s)
Steiger Bhama (Haute école de travail social et de la santé | EESP | Lausanne)
Collaboration de
Pfiffner Maya

Description

La place de l'interculturel dans les lieux de pratique du social

Résumé du rapport de recherche

Bhama Steiger - Maya Pfiffner


Interculturalité et travail social
Loin d'être un phénomène nouveau, la migration revêt désormais cette particularité de n'être plus en marge de la population occidentale et d'être plurielle. D'autre part, force est aujourd'hui de constater que les personnes migrantes se voient souvent contraintes de faire appel à l'aide sociale parce qu'elles font face de manière exacerbée à des difficultés d'accès aux prestations et services « normalement » proposés à l'ensemble de la population.
Partant de ces deux postulats, nous nous sommes intéressées à la question de l'interculturel dans le travail social et à l'aide sociale.
L'interculturel se profile comme une réponse recherchée voire idéalisée aux problèmes sociaux émergents liés à la migration.
Dans le cadre de notre travail, nous comprenons l'interculturel comme la mise en place d'un processus dynamique qui permet une communication compréhensive entre personnes et groupes différents.

Nature et statut du projet
La mise en oeuvre de cette recherche a été rendue possible par un financement d'un des réseaux HES, le CEDIC (centre d'études de la diversité culturelle et de la citoyenneté dans les domaines de la santé et du social). Des rencontres préliminaires ont eu lieu avec des experts en la matière ; une première revue de la littérature ainsi qu'une analyse rapide du terrain ont permis de déterminer la pertinence de l'objet de recherche.

Cette étude, de nature exploratoire a essayé de déterminer de manière empirique la nécessité de comprendre l'interculturel dans la pratique professionnelle quotidienne des travailleurs/euses sociaux/ales. Pendant 12 mois, deux chercheures ont mené l'étude pour un équivalent de 70 % de taux d'activité. Elles ont travaillé en étroite collaboration avec les services sociaux de la ville de Vevey, et avec son ajointe sociale, Mme A. Haas-Borer. Un groupe de référence, composé d'experts de la question interculturelle, ainsi que du travail social et de la pratique professionnelle ont accompagné les chercheures : Mmes M. Eckmann, E. Hirsch-Durett, V. Keller et S. Rodari, et MM. C. Bolzman et P.-E Gaberel.

La recherche s'inscrit dans les champs de la sociologie et de la psychosociologie avec comme référence théorique, l'approche interactionniste selon la compréhension d'Erving Goffman. Elle visait d'une part la compréhension de l'interculturel en tant que phénomène social (regards croisés et conceptions mutuelles) et d'autre part, l'élaboration de connaissances nouvelles et l'acquisition de compétences nécessaires pour gérer l'interculturel dans le social.
Cette étude nous a permis d'entrevoir comment de nouvelles actions seraient possibles pour favoriser les relations interculturelles dans les services sociaux. L'éducation et la communication interculturelles peuvent proposer des réponses aux discours communs lourds de préjugés sur ce qui se passe entre les migrant-e-s et l'aide sociale. Les travailleurs/euses sociaux/ales et les bénéficiaires migrant-e-s peuvent aussi mieux se comprendre et ainsi répondre aux demandes, besoins et attentes des un-e-s et des autres.

Méthodes utilisées
Trois méthodes principales ont été utilisées pour le recueil des données :
-   une analyse de 100 dossiers de bénéficiaires du CSI (échantillon aléatoire des dossiers de l'années 2006)
-   des entretiens avec des professionnel-le-s du CSI (dix travailleurs/euses sociaux/ales et deux secrétaires sociaux/ales)
. des entretiens avec des bénéficiaires migrant-e-s du CSI (six bénéficiaires de différentes origines et aux trajectoires migrantes variées)

Quelques résultats
Il est nécessaire de garder à l'esprit que les résultats obtenus au cours de cette étude peuvent être significatifs mais pas représentatifs. L'analyse des dossiers a permis de dégager une grande hétérogénéité dans les profils des bénéficiaires de l'aide sociale. Si la grande majorité d'entre eux a avant tout une demande d'aide financière, parfois en complément ou en attente d'une prestation de l'assurance chômage ou invalidité, il s'ajoute à cela d'autres problématiques diverses abordées en entretien (maladies, séparation, alcool, toxicomanie, langue, etc.). Plus de la moitié des bénéficiaires sont de nationalité étrangère (57 %), avec une grande variété de pays d'origine.

Les travailleurs/euses sociaux/ales ont des perceptions et des compréhensions différentes de la population migrante et de la question interculturelle. Nous pensons que c'et principalement en raison d'un certain malaise qui est celui de prendre en compte la différence culturelle et de la manière dont il faut la prendre en compte. Leurs attitudes respectives varient, naviguant par exemple entre la volonté de traiter tout le monde de la même manière et le souhait de considérer individuellement les situations auxquelles ils se trouvent confrontés. La durée de l'expérience professionnelle antérieure, et en particulier avec des personnes migrantes, apparaît comme l'un des principaux facteurs influençant l'attitude des travailleurs/euses sociaux/ales. Nous avons dégagé quatre logiques d'action principales qui caractérisent les pratiques professionnelles des travailleurs/euses sociaux/ales. Il existe par ailleurs une demande de leur part d'approfondir les compétences générales au travers de formations et de développer des compétences interculturelles spécifiques. Plus les travailleurs/euses sociaux/ales ont suivi de formations sur l'interculturel, et travaillé avec des personnes migrantes, plus ils/elles expriment le besoin de suivre de telles formations.

Du côté des bénéficiaires, nous avons dégagé trois profils-types de bénéficiaires de l'aide sociale. Leurs attentes, demandes et besoins sont en effet divers, tout comme la compréhension du mandat de l'aide sociale et du rôle du/de la travailleur/euse social-e. En général, les bénéficiaires sont satisfaits-e-s des prestations du CSI et de leurs relations avec les travailleurs/euses sociaux/ales. Il reste cependant que des situations conflictuelles naissent parfois, liées aux contrôles et au sentiment de se voir imposer une norme de vie ou de comportement. Les difficultés d'insertion sur le marché du travail, exacerbées pour les personnes migrantes par leur profil particulier, interfèrent également dans les relations avec les travailleurs/euses sociaux/ales.

Les enjeux qui se profilent autour de la rencontre qui se crée dans le cadre de la prestation d'aide sociale peuvent être définis en termes de compréhensions mutuelles. Chacun des protagonistes — travailleur/euse social-e et bénéficiaire migrant-e — se forme des représentations vis-à-vis de l'autre. En dégageant ces compréhensions mutuelles, nous comprenons comment chacun-e des deux interlocuteurs/trices participe à sa manière à la construction ou la déconstruction de la rencontre. Nous proposons dès lors de considérer la variable migrante comme augmentant le risque de relation délicate entre la demande du/de la bénéficiaire et la réponse du/de la travailleur/euse social-e. D'où la nécessité de prendre en compte la (les) spécificité(s) du profil migrant des bénéficiaires, et les logiques d'action différenciées des travailleurs/euses sociaux/ales.

Pour une démocratisation des valeurs
Au terme de cette étude, nous comprenons qu'une mise en perspective des connaissances et des compétences est indispensable pour le/la travailleur/euse social-e ainsi qu'une identification et une valorisation des « capabilités » pour le/la bénéficiaire s'avèrent primordiales. Les marqueurs culturels de tous/tes doivent être visibilisés et discutés. Les valeurs fondamentales et les concepts fondamentaux de chacun-e (lien social, solidarité, reconnaissance, etc.), doivent être exprimés pour que la communication interculturelle soit possible. Tout cela peut être possible à travers la formation initiale et la formation continue pour les travailleurs/euses sociaux/ales, des rencontres d'information et de sensibilisation pour les bénéficiaires de l'aide sociale et des actions institutionnelles internes.
Cette étude ouvre donc de nouvelles perspectives pour la mise en place d'actions concrètes dans le domaine de l'interculturel et pour la formation des travailleurs/euses sociaux/ales.

Publication(s) liée(s)

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